Arrêter d’être gentil pour être « vrai »

Je suis gentille. Trop même. Pire encore : je suis entourée de gentils. Certains de mes amis sont tellement gentils qu'ils doivent arborer un T-shirt avec un "Je suis méchant et je mange les petits enfants" histoire de se doter d'un je-ne-sais-quoi-d'inquiétant (pour des enfants de moins de 3 ans qui savent déjà lire, je vous l'accorde, ça fait peu de monde).

Etre gentil
Arrêter d'être gentil

Parce que finalement, être gentil, ça facilite la vie : on évite les conflits, les affrontements, la gêne du refus, et bien d'autres inconvénients. L'envers du décor, c'est de se sentir obligé d'échanger des banalités avec les voisins, de se rendre à des soupers chez des gens avec qui on ne partage pas grand chose mais à qui on n'a pas osé dire non, de se faire embarquer à rendre service alors qu'on n'en a ni l'envie ni l'énergie, etc.

L'émission qui a changé ma vie

Alors moi, je dis STOP. Et c'est là que le hasard de la vie fait bien les choses, je suis tombée sur un entretien épatant de Thomas d'Ansembourg sur la Radio Suisse Romande (Emission A première vue du 10.06.2009). Ce spécialiste de la communication non-violente nous distille conseils pratiques et mesures pleines de bon sens. Je suis sous le charme dès les premières paroles.

Thomas d'Ansembourg : La gentillesse que je dénonce est la gentillesse qui nous fait dire "Tout va bien", alors que rien ne va plus ; celle qui nous fait dire "Ah oui, nous reviendrons avec plaisir chez vous" alors que nous pensons "Plus jamais chez eux". C'est cette façade qui nous fait vivre au fond des rapports de figuration plutôt que des rapports authentiques. [...] Nous sentons bien que c'est faux, que c'est creux, que ça ne sonne pas juste. Et passer sa vie là-dedans, ce n'est pas satisfaisant. Alors de plus en plus d'entre nous souhaitent arriver à vivre des relations vraies et authentiques, et pouvoir dire ce qu'ils ressentent d'une façon qui n'agresse pas pour autant l'autre.

Demain j'arrête d'être gentille, je serai "vraie".

Seulement voilà, je ne suis pas une "dure" ni de l'extérieur, ni de l'intérieur. Je dirais même que j'ai quelque analogie avec une courgette molle. Alors comment faire ?

Eh bien, je me renseigne sur les techniques d'affirmation de soi. Et je découvre les conseils avisés du Dr. Fanget réunis dans son livre "Affirmez-vous". Non pas que je fasse partie de la "Communauté de timides pour vaincre leur timidité" comme pourrait le faire croire le lien précédent (il y a vraiment des communautés de tout sur internet, c'est incroyable, cela m'épate), ou que je pense que ce livre n'est utile que pour les timides. Non non non. C'est un savoir-vivre, un savoir-être qu'on ne nous enseigne malheureusement pas dans nos jeunes années.

Ce que j'ai appris avec le Dr. Fanget

Faire une demande

Monsieur21 est du genre hyper-susceptible. Si je n'accorde pas mes verbes au bon temps, et que je n'emballe pas mes demandes dans la bonne forme, je me retrouve avec un compagnon aussi charmant que le chien des Baskerville. Ce qui s'applique à lui, s'applique également à tout mon entourage : savoir demander.

J'évite donc :

  • Moi : Je finis les courses au supermarché là. Tu viens me chercher en voiture ? Prends les sacs à commissions !

J'applique le JP Je-Précis :

  • Moi : Je finis les courses au supermarché là. J'aimerais [Je] que tu viennes me chercher en voiture avec les sacs à commissions [Précis].

Si vous avez un muffle à la maison qui croule sous le travail, vous pouvez appliquer le JEEPP : Je-Empathie-Emotions-Précis-Persistance :

  • Moi : Je finis les courses au supermarché là. J'aimerais [Je] que tu viennes me chercher en voiture avec les sacs à commissions [Précis], même si je sais que tu es débordé [Empathie]. Cela me soulagerait [Emotions] de ne pas avoir à porter tout ça.
  • Lui : Mais t'as vraiment beaucoup de choses à transporter ?
  • Moi : Ca me ferait vraiment plaisir que tu viennes me chercher en voiture [Persistance].

Dire non

Je pense que savoir dire non est une des premières étapes pour être "vrai". Le plus difficile est de revenir sur une décision qu'on a prise. Cas concret : j'ai accepté une invitation à une rencontre extra-professionnelle. A mesure que la date de la réunion s'approchait, j'essayais de trouver des excuses ou une activité soudaine à placer au même moment pour ne pas y aller.

Finalement, quelques jours avant, je me suis raisonnée et je m'assène le motto : sois vraie, et exprime-le. Ce qui a donné ceci : je suis désolée, mais je ne vais pas venir finalement ; j'ai d'autres priorités personnelles que j'ai à peine le temps de réaliser, je préfère consacrer mon temps libre à cela. Et c'est là que j'ai pu, la conscience tranquille, passer une soirée à flâner chez moi.

Le Dr. Fanget nous enseigne une tactique plus efficace. Elle consiste à dire "non", à répéter "non" si votre interlocuteur insiste, à manifester de l'empathie et à exprimer sa gêne si nécessaire et SURTOUT à ne pas se sentir obligé de se justifier.

Le côté difficile de cette méthode est de savoir dire "non" dès le départ (donc savoir identifier mon désir de refus), et de réfréner le besoin de se justifier. Mais comme tout, il faut s'entraîner.

Critiquer de manière constructive

Critiquer en déversant son fiel sur une connaissance peut être absolument jubilatoire et à dose très modérée, cela est certainement un exutoire à l'accumulation de nos frustrations, mais il vaut dans ce cas-là mieux choisir sa victime : quelqu'un de plus petit, de plus moche, ou de plus impopulaire que soi... Blague à part, critiquer peut devenir un art, un exercice ardu surtout si on s'évertue à critiquer de manière constructive.

La méthode DESC Description-Emotion-Solution-Conséquence expliquée dans le livre du Dr. Fanget s'applique comme ceci.

  • Moi : La maison est très en désordre [Description]. Cela m'énerve de rentrer du travail et de constater cela [Emotion]. Si tu pouvais ranger un peu avant mon retour du bureau la prochaine fois [Solution], cela me ferait bien plaisir de revenir et de pouvoir me poser dans une maison propre [Conséquence émotionnelle].

J'avais appris cette technique à des cours de communication non-violente, et je constate qu'il faut pratiquer souvent pour arriver à un résultat satisfaisant.

  • Mots choisis : mon premier réflexe serait plutôt de jeter une phrase comme "C'est un vrai bordel ici !"
  • Communication non-violente : ma première réaction serait de faire la tête et de montrer mon mécontentement au lieu d'aborder les choses verbalement.
  • Formulation : c'est un vrai effort que de formuler ses émotions réelles (agacement) et son objectif primaire (avoir une maison en ordre et non faire comprendre à l'autre qu'on est énervé).

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